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Edition 0

Le textile traverse nos vies silencieusement.

Il protège, relie, conserve les traces. Il porte la mémoire des gestes, des corps, des territoires et des transmissions. Matière multiple, il s’affirme aujourd’hui comme un champ d’expérimentation plastique majeur.


Cette exposition réunit quatre artistes femmes dont les pratiques, profondément singulières, explorent les multiples possibilités du langage textile. Chaque œuvre développe une relation particulière à la matière : fibre cousue, tissu transformé, surface brodée, structure assemblée, fragment réemployé ou forme sculpturale. Les techniques dialoguent avec l’intuition, la lenteur du geste avec la puissance visuelle des compositions.

 

Si leurs univers diffèrent radicalement par les formes, les couleurs, les rythmes et les intentions, toutes partagent une même attention au sensible. Le textile devient ici territoire d’exploration, espace de mémoire et de transformation. Il accueille les tensions entre fragilité et résistance, entre intime et monumental, entre héritage et contemporanéité.
Certaines œuvres évoquent des paysages intérieurs, d’autres des architectures souples ou des récits fragmentaires. Les matières se plient, se tendent, s’accumulent ou se déploient dans l’espace. Le fil n’est plus seulement un outil : il devient écriture, trace, couture du temps.
L’exposition propose ainsi une traversée de pratiques où les différences ne cherchent pas l’unité formelle mais construisent un dialogue vivant. Les œuvres se répondent par contrastes, échos et respirations.


À travers ces quatre voix, le textile apparaît comme un médium libre, capable de déplacer les frontières entre art, artisanat, sculpture et installation. Une matière vivante en somme.

Les artistes sélectionnés 

Marie Bérenger 

France - Marseille 

Artiste céramiste et textile, je tends à troubler la frontière entre ces deux médiums, à faire circuler les gestes et les savoir-faire de l’un à l’autre. Ma démarche artistique est liée à une volonté de conservation. Comment tenter d’étirer le temps, et comment convoquer, à travers les œuvres, des expériences intimes et collectives ? Les objets réceptacles, tels que les reliquaires, ainsi que l’imaginaire religieux nourrissent mes recherches autour de la trace, de la mémoire et de l’intime. Je m’intéresse à ces objets qui contiennent et protègent, et qui deviennent les dépositaires d’une présence, d’une absence ou d’un souvenir. Emprunter à la mythologie, aux croyances ou à l’histoire de l’art, créer des espaces oniriques où des fils se tissent entre l’intime et le collectif reste mon terreau nécessaire à l’élaboration d’une pièce. Le collectif passe par une mémoire commune, liée à des œuvres d’art, des récits ou des expériences communes. Pour cette exposition, je souhaite faire dialoguer la céramique et le textile à travers leurs formes et à l’aide de différentes techniques. Le moulage de broderies, par exemple, me permet de transférer un motif textile sur la terre. Le geste et la trace du fil, habituellement inscrits dans une matière souple, se retrouvent alors figés dans la céramique. Ce dialogue se poursuit également par la mise en regard d’œuvres textiles et de pièces en volume. Je souhaite réaliser un coffre brodé, inspiré de la tapisserie de La Dame à la licorne, dont l’intérieur dissimule d’autres broderies. Des pièces murales ainsi que des pots réceptacles destinés à accueillir des broderies compléteront ma proposition. La fragilité du textile entrera ainsi en résonance avec la permanence de la terre. La mémoire sera désormais inscrite de façon palpable dans la matière.

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Anne Bothuon

France - Paris 

Une humanité cousue de fil blanc Avec de la ouate et du tissu , je modèle mes sculptures, mes personnages. Comme une Parque, à force de points, de nœuds, de brides, de reprises, je fais apparaître un corps, pas un corps en gloire, mais un corps commun à tous avec ses défauts et ses petites imperfections, loin des images médiatiques. Le choix de l'échelle à taille humaine confère aux sculptures un effet de miroir renvoyant le spectateur à lui même. Echanges de regards, de regards brodés ? Pas de socle, elles ont les pieds sur terre, volent en apesanteur ou chutent en déséquilibre aussi légères que puissantes. La gaze de tarlatane teintée et rebrodée leur donne des transparences proches de la carnation. Loin de la technologie contemporaine, j'ai choisi le fil et l'aiguille et placé au centre de mes préoccupations, l'humain.

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Aurélia Jaubert

France  - Joucas

Le geste artistique d'Aurélia Jaubert tient d'abord de la composition par assemblage de motifs a priori étrangers les uns aux autres. Réunissant et ré-organisant des dizaines de canevas chinés, elle met en forme d'imposantes tapisseries composites créant des scènes foisonnantes de détails. Associant un geste traditionnel de couture à un point de vue contemporain, elle parvient à construire des fresques visuelles polyphoniques dans lesquelles les styles et les époques se rencontrent et s'articulent. Ses œuvres sont habitées par des personnages issus de la culture populaire, par des représentations stéréotypées et par des figures ou motifs de l'histoire de l'art, le tout digéré par les gestes du loisir créatif. Avec application, l'artiste met en mouvement le bon et le mauvais goût, elle convoque aussi toutes les mains de femmes qui, pour répondre à l'injonction du divertissement domestique, ont façonné ces images décoratives pour habiller leur foyer. À travers leur syncrétisme et leur origine, les tapisseries d'Aurélia Jaubert s'attachent à défendre l'idée d'un art figuratif décloisonné et populaire.

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Valérie Leydet

France  - La Ciotat

Valérie Leydet vit à La Ciotat où elle développe une pratique de plasticienne nourrie par la poésie des matériaux modestes, les réminiscences de la mémoire et une profonde attention à la réparation. Réalisées à partir de matériaux simples et de techniques variées et patientes, ses œuvres donnent forme à un univers délicat où se rencontrent mémoire, métamorphose et traces du vivant. Entre textile, sculpture et assemblage, elle invite à porter un regard renouvelé sur ce qui nous entoure, nous relie, et sur les mondes intérieurs qui nous habitent. Dans ce jeu permanent sur les aiguillages de la mémoire, elle remaille les mondes que nous traversons et qui, parfois, nous bouleversent. C’est une invitation à une expérience intime et sensible.

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